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Ballet de l'Opéra de Paris

'Giselle' - 7 juillet 2003: une perfection

par Valérie Beck

Palais Du Garnier, Paris

 

Laetitia Pujol (Giselle) – Nicolas Le Riche (Albrecht) – Delphine Moussin (Myrtha) – Wilfried Romoli (Hilarion) – Mélanie Hurel/Benjamin Pech (Pas de deux des vendangeurs)

Giselle est et restera de tous les ballets mon préféré : je ne saurai expliquer rationnellement ce qui me lie affectivement aussi puissamment à ce ballet, mais le fait est qu’il met en vibration des émotions profondes. Je l’ai vu et revu en trente ans des dizaines de fois, aussi bien à l’opéra de Paris que par des compagnies étrangères, et j’ai le souvenir de représentations bouleversantes, du fait de la présence de Noella Pontois, et d’autres très décevantes, frustrantes même. D’autres ne m’ont tout simplement laissé aucun souvenir… La représentation du 7 juillet a été éblouissante. Elle a presque touchée à la perfection.

Dès son entrée, Laetitia Pujol, Giselle, campe son personnage avec un art accompli : légère, espiègle, timide, naïve, aimant la danse par dessus tout, tout y est. Elle semble d’ailleurs non pas danser mais tout simplement « être » sur scène. Toutes ses variations sont enlevées, tout à fait dans l’esprit romantique avec ces ports de bras et du buste légèrement en avant, ses batteries d’une grande précision auxquelles elle ajoute beaucoup de spiritualité. Sa légèreté, sa fraîcheur, sa juvénilité sont parfaites.

De plus, Laetitia Pujol joue avec les temps musicaux d’une manière étonnante : ralenti, acceléré, petite seconde supplémentaire prise ici et rattrapée là, tout est parfaitement maîtrisé avec une telle aisance qu’elle semble inventer les pas au fur et à mesure, au gré de son humeur. Le couple qu’elle forme avec Nicolas Le Riche est crédible, même si ce danseur, au premier acte, dansant peu, semble un peu chercher ses marques. Wilfried Romoli, Hilarion, est un garde chasse un peu violent, impulsif, et franchement antipathique. Il semble possessif, jaloux et plein de haine : Il a beaucoup de présence sur scène. Mélanie Hurel m’a très peu convaincue dans le pas de deux des Paysans ; j’ai trouvé son dos et ses épaules extrêmement raides, et le reste mièvre. Benjamin Pech a une belle technique. Mais je dois avouer que ce pas de deux m’a toujours un peu ennuyée…

La seconde variation de Giselle peut parfois sembler un peu ridicule :j’ai vu de grandes ballerines avoir franchement l’air bête en le dansant : mais Laetitia Pujol, une fois de plus, danse ce pas avec un naturel et une grâce que je n’ai vus que chez Noella Pontois. En revanche, pour la scène de la folie, il me semble qu’elle gagnera en puissance dramatique avec les années. Elle est émouvante, mais non poignante comme peuvent l’être certaines Giselle.

Le second acte fut parfait. D’abord, les Willis, jamais je n’ai vu un aussi bel ensemble. Tout y était : la perfection des lignes géométriques, la légèreté, l’aspect fantomatique, la poésie, et la douleur aussi, tous ces ingrédients romantiques habitaient parfaitement les willis de cette représentation. Même lorsqu’elles se croisent en arabesque, en avançant sur un pied, pas un peu lourds et pas toujours gracieux, elles restent de vrais Willis.

Delphine Moussin, Myrtha, est la première reine qui me convainc autant : elle a la froideur, la dureté, l’intransigeance du rôle, mais heureusement, mais ses bras, son buste, ses épaules restent souples, habités, « onctueux » et non raides comme chez beaucoup de Myrtha que j’ai vues. Elle est impériale, immatérielle dès son entrée sur pointes, ses équilibres sont parfaits, sa variation ne donne l’impression d’aucun effort. Bref, j’ai été éblouie. Elle danse avec une intensité étonnante et ses jetés sont d’une grande élévation et hauteur. Elle retombe avec légèreté.

Quand à Nicolas Le Riche, son entrée est toute en sensibilité, en poésie, et au second acte, le couple qu’il forme avec Laetitia est bouleversant. Ses deux dernières variations sont d’une grande maîtrise technique et dramatique. Notamment son éblouissante batterie finale. Son personnage lâche du premier acte s’est transformé en amoureux transis d’amour et de douleur : il est poignant. Quand à Laetitia, je craignais que son second acte soit moins accompli artistiquement : il n’en était rien. Elle était d’une justesse de ton, touchante, modeste, débordante d’amour et de pardon, avec une sensibilité extraordinaire doublée d’une maîtrise parfaite. Elle est digne, elle est, tout fantôme qu’elle est devenu, femme. A tout moment, elle emplit toute la scène de sa présence fantômatique, pleine de souvenir, de nostalgie de cette vie terrestre où elle vivait et dansait.

Bref, mis à part l’orchestre, qui une fois de plus s’est révélé dans toute sa médiocrité, (l’alto solo du deuxième acte a joué faux d’un bout à l’autre et décalé avec la harpe, c’était ignoble, j’aurais eu honte à la place du chef, et les contrebasses dès le premier acte ont fait d’horribles fausses notes… et j’en passe : ils ont saccagé une partie de mon émotion) c’est l’une des plus belles représentations de Gisèle que j’ai vues.

 

Edited by Catherine Schemm

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