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Ballet de l’Opéra de Paris

‘l’Histoire de Manon’

by Catherine Schemm

Soirée du 12 juin 2003 -- Palais Garnier / Paris


Le Retour gagnant d'Aurélie

Ce soir, Manon retrouvait le public parisien dans la version chorégraphiée par Kenneth MacMillan et intitulée « l’Histoire de Manon » pour ne pas confondre le ballet avec l’Opéra homonyme. Le chorégraphe a d’ailleurs réussi à faire cette œuvre, sans utiliser une note de l’œuvre lyrique, mais des extraits de « Cléopâtre », du « Roi de Lahore », etc.,

Ces retrouvailles étaient excitantes, car après plus d'un an d'absence pour cause de blessure, Aurélie Dupont faisait son retour sur scène. Dire qu'elle fut fantastique est en dessous de la réalité !

Dès son entrée en scène, Aurélie impose sa présence unique sur le plateau de Garnier, elle est légèrement aguicheuse au premier acte face au vieil homme, mais redevient la sage et timide Manon. Elle a 16 ans  lors de sa rencontre avec le Chevalier des Grieux, elle passe par des bonheurs simples de petite fille quand elle le retrouve, après son triomphe puis sa fuite de chez Madame. Elle a entièrement revu la conception de son personnage depuis la dernière reprise et son jeu est de plus en plus travaillé et raffiné. Aurélie se glisse dans la peau du personnage avec un bonheur rare, que ce soit dans l'interprétation, ou dans la technique. Elle a une manière de bouger bien à elle unique, ses mouvements de bras sont admirables, gracieux, lyriques, elle s'impose avec aisance dans les pas de deux passionnés mais également dans son seul solo au second acte où elle est tiraillée entre le passé avec Des Grieux et le présent M. de GM. Lorsqu'elle est portée par tous les gentilshommes, les regards et les intentions sont toujours justes. Elle campe la jeune femme amoureuse, comme celle plus attirée par l'argent avec le même talent. Elle est bouleversante dans son face à face avec le geôlier de même que dans la scène du désert,. Aurélie manquait cruellement à l'Opéra et elle a prouvé par sa performance, à quel point, elle était unique, émouvante, technicienne accomplie, même si le stress de la reprise était palpable, Aurélie ne pouvait être plus extraordinaire après une si longue absence. Elle est de plus en plus émouvante dans ce ballet et sert à merveille la chorégraphie.

Jean-Guillaume Bart est un Des Grieux très attentif au premier acte, sans doute marqué lui aussi par l'importance du retour de sa partenaire, il ne s’est pas laissé pas aller complètement le soir de la première, mais au fur et à mesure des représentations cela est passé. Il fut parfait lors de la deuxième représentation et forma un couple magnifique avec Aurélie Par la précision de son style et de sa technique, il n’est pas sans évoquer Anthony Dowell, créateur londonien du rôle. Il atteint sa plénitude artistique au troisième acte où il est bouleversant dans la mort de sa bien aimée.

Kader Belarbi campe un Lescaut canaille à souhait, parfait dans son jeu et dans sa technique et Stéphanie Romberg une certaine vision de la Maîtresse de Lescaut à laquelle elle ajoute une vulgarité bienvenue, elle s'impose par sa présence mais le duo comique fonctionne mal notamment parce que Stéphanie est un peu trop grande pour Kader.

A noter Gil Isoart parfait dans le pas de trois des gentilshommes, Hervé Courtain chef des bandits à la présence évidente ou encore Laure Muret, Céline Talon au premier acte Géraldine Wiart et Muriel Zusperreguy dans le duo comique de prostituées. Jean-Marie Didière est une fois de plus un Monsieur de GM lubrique à souhait, passant de la dignité à la monstruosité.

Le ballet est toujours aussi magnifique et le corps de ballet est impeccable. L'ambiance du ballet est toujours aussi agréable et évoque les tableaux d'Hogarth par ses teintes rougeâtres.

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Delphine Moussin dans ‘l’ Histoire de Manon’

Cette deuxième soirée de « L’histoire de Manon » permettait de voir la prise de rôle de Delphine Moussin dans le rôle titre. N'ayant qu'une seule représentation, la première danseuse devait tout donner dans celle-ci. Si Delphine est une Manon du premier et du troisième acte, l'expression de pureté de son visage sied mal à la courtisane en vue du deuxième acte. Elle est une femme amoureuse qui tombe dans la débauche mais n'est pas l'exacte incarnation de Manon telle qu'on se représente le personnage de l'abbé Prevost.

Sans doute pouvoir danser plusieurs fois le rôle lui aurait permis d'approfondir le personnage particulièrement au second acte, où on sent mal la détresse qui saisit l'héroïne quand elle se retrouve face à des Grieux, surtout que techniquement elle se joue des difficultés notamment dans les pas de deux virtuoses de la chambre ou du Bayou.

Si Manuel Legris fut un Des Grieux extraordinaire, son interprétation de ce soir n'était pas ce que l'on attend de l'étoile, la technique est naturellement toujours là, mais il surjoue, et aucune alchimie ne nait entre les deux protagonistes, aucune émotion ne passe dans les pas de deux, même s'ils sont parfaitement exécutés. Sa douleur est outrancière dans la scène du Bayou.

Marie-Agnès Gillot est magnifique en maîtresse de Lescaut, elle ne se contente pas de faire la chorégraphie, mais elle l'interprète dans le moindre détail, elle brille par sa présence et sa générosité sur scène, son jeu est fin et spirituel. Elle s’impose sans problème dans ce rôle. A ses côtés Yann Bridard est un Lescaut, odieux, qui n'hésite pas à vendre sa sœur. Son solo d'ivresse est grandiose et son pas de deux comique avec Marie-Agnès suscite de nombreux éclats de rire chez le public conquis. Leur couple fonctionne bien au contraire de celui formé par le couple vedette.

Clairemarie Osta et Nicolas Le Riche

Clairemarie Osta faisait ses débuts dans le rôle titre aux côtés de Nicolas Le Riche. Si lui a déjà abordé le rôle aux côtés notamment de Fanny Gaïda, la présence de sa femme lui fait trouver une interprétation très juste. Si au niveau stylistique il est parfois un peu "brouillon", il emporte l'adhésion par un jeu sobre et nuancé. Son Des Grieux est fougueux, passionné, naif mais attendrissant et dès son entrée il est subjugué par le charme de Manon, ne la quitte pas des yeux, Nicolas joue la passion, et le désarroi avec le même bonheur. Seul bémol, son manque de musicalité, mais il semble galvanisé par le fait de danser ce rôle à côté de son épouse.

Quant à Clairemarie, tout comme Aurélie Dupont, elle est Manon, elle est coquette mais timide au départ, folle amoureuse de des Grieux mais très vénale quand M. de GM lui offre bijoux et parures. Au deuxième acte, elle nous gratifie d'une merveilleuse variation où elle détourne rapidement la tête quand elle aperçoit la silhouette de son bien-aimé. Elle est une soeur aux ordres de son frère, mais impose sa propre personnalité. On sent que c'est elle qui mène des Grieux par le bout du nez. Elle est également touchante dans la mort de son frère, et bouleversante face au geolier ou dans la scène finale.

Elle forme avec Nicolas un vrai couple, ce qui est logique, mais cela donne une force nouvelle au ballet, leur couple est émouvant, leurs pas de deux suscitent de l'émotion et on se laisse prendre totalement par leur complémentarité.

Edited by Cathy

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