| Gala
des Etoiles du Prix de Lausanne
by Marc
7 novembre 2003 - Grand Opéra
de Genève
Le prix de Lausanne aide des jeunes danseurs de talent à devenir
de très bons professionnels en leur offrant la possibilité
de terminer leur formation dans des écoles ou des compagnies de
ballet de premier ordre. En 30 ans ce concours a su s’imposer et faire
référence sur le plan international. Ce soir Genève
recevait d’anciens lauréats qui sont aujourd’hui étoiles
dans les meilleures troupes du monde (Ballet de l’Opéra de Paris,
New-York City Ballet, San Francisco Ballet, Royal Ballet, etc)
"Two Bits"
Chorégraphie Helgi Tomasson - Musique Aaron Jay Kernis
Interprètes : Gonzalo Garcia (médaille d’or en 1995) et
Vanessa Zahorian
La soirée commence par une chorégraphie assez médiocre
d’Helgi Tomasson qui nous permet cependant de découvrir deux danseurs
attachants. Vanessa Zahorian est vive, précise et virtuose. Gonzalo
Garcia est élégant et se joue des difficultés techniques
avec aisance. Voici deux jeunes danseurs qui donnent très envie
de voir à nouveau le San Francisco Ballet, dont ils sont étoiles,
en Europe.
"Giselle", pas de
deux du 2ème acte
Chorégraphie Jean Coralli et Jules Perrot - Musique Adolphe Adam
Interprètes : Natalia Sologub (prix niveau professionnel en 1995)
et Andrey Mercuriev
Deux solistes du Kirov pour un pas de deux de Giselle exécuté
dans les règles de l’art. On peut regretter cependant que Natalia
Sologub, ballerine au physique magnifique, semble surtout soucieuse de
bien exécuter tous les pas sans que beaucoup d’émotion ne
passe dans la salle.
"The man I Love"
- extrait du ballet "Who Cares?"
Chorégraphie George Balanchine - Musique Georges Gershwin adaptation
Hershy Kay
Interprètes : Benjamin Millepied (prix en espèces 1994)
et Miranda Weese
Pas grand chose à dire si ce n’est que l'on découvre une
Miranda Weese totalement hors de forme. Benjamin Millepied, étoile
du New-York City Ballet, tout comme sa partenaire, fait de son mieux mais
cet extrait de Who Cares semble quand même assez kitsch et daté,
sucré et mièvre.
"Roméo et Juliette"
Chorégraphie Kenneth Mac Millan - Musique Serge Prokofiev
Interprètes : Laetitia Pujol (prix de lausanne en 1992) et Benjamin
Pech
Etonnant de voir deux danseurs
de l’Opéra de Paris interpréter la version de Mac Millan.
Laetitia Pujol semble vraiment un cas à part. On se demande ce
qui a permis à cette ballerine si différente des autres
danseuses de l’Opéra de devenir étoile. Est-ce que je viens
de répondre à la question et que c’est justement cette différence
qui lui a donné le titre ? Peut-être mais je dois dire que
même si Laetita Pujol est charmante sa prestation dans ce pas de
deux est quand même un peu légère, pas digne d’une
étoile en tous les cas. Comme tout à l’heure avec Natalia
Sologub voici une danseuse qui semble plus soucieuse de bien exécuter
les pas plutôt que de nous faire croire à son amour pour
Roméo... Dommage.
"Diane et Actéon"
(Solo)
Chorégraphie Marius Petipa - Agrippina Vaganova - Musique Léon
Minkus
Interprète : Carlos Acosta (médaille d’or en 1990)
Dans un gala il y a un avant et un après Carlos Acosta. Si vous
avez besoin de quelqu’un pour chauffer une salle, pensez au cubain ! On
admire la facilité avec laquelle cet incroyable virtuose aligne
sauts et pirouettes. Rien ne lui résiste et on a devant les yeux
un des meilleurs danseurs du monde. C’est sûr. Un des grands moments
de la soirée.
"Sylvia" (Pas de
deux)
Chorégraphie George Balanchine- Musique Léo Delibes
Interprètes : Agnès Letestu et José Martinez (prix
de lausanne en 1987)
Quel joli pas de deux que ce Sylvia de George Balanchine. Voici un choix
intelligent qui met en valeur la classe de ces danseurs étoiles
de l’Opéra de Paris. José Martinez en grande forme. On ne
peut pas en dire autant malheureusement d’Agnès Letestu dont la
prestation n’était pas sans quelques imprécisions ou déséquilibres
mais rien de bien grave. Martinez n’est pas inférieur à
Acosta, il est juste très différent.... Un des gros succès
public de la soirée.
"Angel" (Solo)
Chorégraphie Renato Zanella - Musique Arvo Pärt
Interprète : Manuel Legris
Voici un des mystères de la programmation : mais que vient donc
faire Manuel Legris dans cette soirée ? Je n’en sais rien mais
on ne va pas se plaindre car revoir Angel est un plaisir. Le danseur étoile
nous montre encore une fois quel grand danseur il est. Avec une sensibilité
et une vraie qualité de mouvement il conquiert lui aussi le public.
Acosta, Martinez puis Legris... Que demander de plus ?
Deuxième partie :
"La mort du tambour"
(extrait)
Chorégraphie Maurice Béjart - Musique Gustave Mahler
Interprètes : Christine Blanc (Prix de Lausanne 1986) et Gil Roman
Voici un pas de deux que j’ai trouvé intéressant pour deux
raisons : premièrement le programme ne nous dit pas en quelle année
il a été créé et le travail de Béjart
ayant si peu évolué on se rend compte que cela pourrait
être une des dernières créations du chorégraphe
comme cela pourrait être une pièce datant des années
soixante-dix... Intéressant ensuite parce que La mort du Tambour
permet de se rendre compte que le travail de Béjart a toujours
le même impact sur le public. Pour le reste je dois dire que j’ai
trouvé la chorégraphie ringarde. Gil Roman qui doit avoir
plus de quarante ans est toujours dans une bonne forme physique mais ce
danseur dégage quelque chose de faux aussi bien dans son interprétation
que dans le rapport qu’il a avec sa partenaire. Il surjoue et on croirait
voir un acteur de film muet. Christine Blanc au contraire donne une interprétation
sobre et discrète de ce pas de deux bien longuet.
"Tchaïkovski Pas
de deux"
Chorégraphie George Balanchine - Musique Piotr Illitch Tchaikovski
Interprètes : Vanessa Zahorian et Gonzalo Garcia
Gonzalo Garcia est le seul danseur a avoir obtenu une médaille
d’or du Prix de Lausanne entre 1995 et 2001. On comprend pourquoi en admirant
son incroyable facilité. Voici un danseur né qui possède
en plus de sa technique un charisme et une vraie générosité.
A ses côtés Vanessa Zahorian n’est pas en reste, elle est
rapide, précise, compacte. C’est une petite bombe. On en redemande.
"Le duo du milieu"
(In the middle duet)
Chorégraphie Alexei Ratmansky - Musique Yuri Khanon
Interprètes : Natalia Sologub et Andrey Mercuriev
En 1995 la finale du Prix de Lausanne a eu lieu au Théâtre
du Bolchoï et Natalia Sologub a remporté le prix professionnel.
Dans ce même théâtre Alexei Ratmansky est aujourd’hui
chorégraphe. Son duo de style néo-classique est un peu long
mais pas inintéressant. Les interprètes sont convaincants
et Natalia Sologub affiche l’amusant air de supériorité
qu’ont souvent les ballerines russes.
"In the Middle Somewhat
Elevated" (pas de deux)
Chorégraphie William Forsythe - Musique Tom Willems
Interprètes : Agnès Letestu et José Martinez
On retrouve Agnès Letestu et José Martinez avec plaisir.
Leur clarté et leur attaque font merveille dans cette chorégraphie
de Forsythe devenue un classique mais on peut regretter qu’après
leur choix original de tout à l’heure (Sylvia) Agnès Letestu
et José Martinez nous proposent un pas de deux déjà
vu et revu. Etoiles depuis maintenant plusieurs années on aimerait
les voir dans un duo créé spécialement pour eux et
non pas dans une chorégraphie que Sylvie Guillem a marquée
de son prodigieux talent.
"Stars and Stripes"
(« Liberty Bell » pas de deux)
Chorégraphie George Balanchine - Musique John Philipp Sousa adaptation
Hershy Kay
Interprètes : Benjamin Millepied et Miranda Weese
Moment le plus embarrassant de cette soirée : un pas de deux kitsch,
une interprétation approximative de la part de Miranda Weese; le
tout placé beaucoup trop tard dans le programme. Benjamin Millepied
réussit néanmoins une jolie variation enlevée avec
fougue mais après avoir vu Sylvia, Diane et Actéon, Angel
et Tchaikovsky pas de deux cela ne suffit pas vraiment à nous enthousiasmer...
"Le Corsaire" (solo)
Chorégraphie Marius Petipa -Musique Riccardo Drigo, Léon
Minkus
Interprète : Carlos Acosta
Bizarre de finir une soirée de gala comme celle-ci avec un solo
et on peut regretter que Carlos Acosta ne soit pas venu avec une partenaire.
Encore une fois cet incroyable danseur nous présente avec une facilité
déconcertante de multiples pirouettes planées et finies
en équilibre qu’il semble avoir la possibilité d’accélérer
ou de ralentir à sa guise comme s’il avait un petit moteur.
Malgré son succès
le Prix de Lausanne est un concours en constante évolution. Il
est aujourd’hui dirigé avec professionnalisme par Mavis Staines,
directrice de l’Ecole du Ballet National du Canada à Toronto et
est placé sous la présidence de Franz Blankart. Les concurrents
bénéficient d’entretiens individuels avec des membres du
jury, suivent chaque jours des cours, des ateliers et des séminaires,
rencontrent des professionnels de la danse et partagent leur expérience
avec des concurrents provenant de pays très divers. Le Prix de
Lausanne aide les jeunes danseurs à juger de leur propre talent
à devenir des danseurs professionnels. Il cherche aussi à
démontrer que la technique seule ne suffit pas à faire de
la danse un art, mais que celle-ci doit pourvoir s’exprimer au travers
d’un être en bonne condition physique et psychique.
Edited by Catherine
Schemm
Please join the discussion
in our forum.
|